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Musique_d_Occitanie

Musique d’Occitanie
  
JEAN CHRISTOPHE MAILLARD, musetta barocca
FRANÇOIS DUJARDIN,galoubet, fifre et tambourin
SILVANO RODI, orgue
Orgue Alessandro Collino
Fenestrelle, Chiesa di San Luigi Re di Francia

ELEORG010

L’Occitanie, ancienne région de langue d’oc, couvre toutes les provinces qui s’étendent des Pyrénées à tout le sud de la France jusqu’aux vallées des Alpes-Maritimes et les Alpes Cozie et Graie en Italie. Du point de vue géographique, ce territoire est délimité par la Mer Méditerranée, les Pyrénées, l’Océan Atlantique, le Massif Central, les montagnes du Dauphiné et les Alpes, versants orientaux inclus.
Fenestrelle, charmante bourgade de la Haute vallée Chisone, conserve avec la fierté issue d’un passé glorieux, ces traditions et influences artistiques typiques des vallées occitanes du territoire italien.

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Ce n’est pas un hasard si l’église paroissiale dédiée à Saint Louis, Roi de France, construite au XVIIIe siècle sur les ordres de Louis XIV, le “Roi Soleil”, abrite encore aujourd’hui un orgue précieux d’Alessandro Collino, membre d’une célèbre dinastie de facteurs d’orgues de Pinerolo, fortement influencé par le style somptueux purement français. Dans ce contexte, est née l’idée d’associer aux sonorités de l’orgue celui de la musette, du galoubet et du fifre, avec l’accompagnement rythmique du tambourin, dans un ensemble de compositions anciennes et récentes, à la fois sacrées et profanes, évoquant Noël, crées par des  musiciens ayant œuvré au cours des siècles en Occitanie.

La musique occitane a des origines très anciennes qui remontent à la période de l’art lyrique des troubadours à caractère monodique. Elle a subi au cours des temps des influences très variées depuis le chant grégorien, le chant polyphonique jusqu’à la musique arabe. De ce vaste répertoire, il reste peu de choses à cause notamment de la pratique très répandue de la transmission orale et de l’improvisation. Cependant, ont été conservés un grand nombre de Nouvé, chants sacrés célébrant le temps de Noël et d’inspiration profane, sur lesquels de nombreux musiciens d’Occitanie ont composé de splendides variations.

Parmi les instruments les plus utilisés étaient la viole, la vielle à roue, le galoubet de Provence avec l’accompagnement rythmique du tambourin, le fifre, instrument  typique du pays niçois et la musette, sorte de cornemuse à soufflet au son doux avec des bourdons caractéristiques. À la période baroque, sous les règnes de Louis XIV et Louis XV, à travers une série d’évolutions techniques de l’instrument, la musette devient fort appréciée de l’aristocratie française, au point que Charles E. Borion, auteur d’un traité sur la musette, la situe « Par-dessus tous les instruments de la musique». On en construit alors de magnifiques exemplaires d’une facture raffinée et avec de somptueuses décorations, chalumeaux en ivoire et outres recouvertes de brocart et de broderies. Beaucoup de compositeurs français tels qu’Aubert, Baton, les frères Chédeville, Anet et d’autres encore composèrent de nombreuses sonates pour cet instrument soit en version soliste, soit en duo, trio et aussi en  basse continue. Lully, Rameau et les auteurs d’opéras l’utilisèrent souvent pour accompagner les scènes pastorales. L’âge d’or de la «musette de cour» qui traversa tout le XVIIe siècle, déclina lentement après la seconde moitié du XVIIIe siècle au point d’en arriver autour 1780, à une extinction quasi totale. C’est grâce à l’intérêt porté par Jean-Christophe Maillard, considéré comme le pionnier dans la redécouverte de la musette baroque, que cet instrument a retrouvé sa splendide sonorité et l’importance qu’il revêtait au plus fort de l’époque baroque française.

C’est la nuit de Noël à Fenestrelle, le concert du carillon des cloches de l’église invite les habitants à fêter la naissance de Jésus. La bonne nouvelle annoncée par les cloches fait place à une pastorale de Giovanni Cagliero originaire d’Asti (1838 - 1926), extraite des «9 Pastorali per la Novena e festa del Santo Natale», composées vers 1863. La première pastorale est particulièrement bien adaptée au  dialogue entre les jeux d’anches de l’orgue et la musette.

La farandole, danse provençale par excellence du pays niçois jusqu’après Marseille, se dansait à l’occasion des fêtes. D’origine très ancienne, cette danse est peut-être l’une des formes les plus archaïques de toute l’Occitanie. La farandouleta, ici proposée dans la version de l’organiste Guy Morançon, adaptée pour galoubet, tambourin, musette et orgue, offre une succession agréable de certains des plus célèbres Nouvé, anciennes mélodies de Noël du sud de la France.

Les Noëls pour orgue appartiennent à la tradition populaire, dont l’origine est fondée sur des poèmes très anciens qui racontent la naissance de Jésus et sont chantés durant cette période de la Nativité. Comme l’écrivait Jean-Jacques Rousseau “les airs de noëls  doivent avoir un caractère champêtre et pastoral convenable à la simplicité des paroles, et à celle des bergers qu’on suppose les avoir chantés en allant rendre hommage à l’Enfant Jésus dans la Crèche”. La plupart des organistes français du XVIIIe siècle s’en inspira pour composer des variations mettant en valeur l’inventivité des improvisations, la virtuosité et la palette sonore colorée des orgues. Le Noël “Votre bonté grand Dieu” de Jean-Jacques Beauvarlet Charpentier (1734-1794) est un exemple classique de l’art consommé des variations sur un thème populaire de Noël.

Très présente depuis le Moyen-Âge, la pratique d’une «flûte à une main et tambour» devient de moins en moins populaire pendant la Renaissance, tandis que dans certaines régions de Provence,  elle continue à coexister avec d’autres pratiques instrumentales. La flûte médiévale a connu des changements considérables au fil du temps jusqu’à prendre l’aspect qui aujourd’hui la distingue des autres flûtes : le corps de l’instrument est devenu très court pour émettre des sons aigus tandis que le tambour a pris une forme plus grande et allongée. En Provence, nous savons que l’instrument prend la forme et la taille que nous lui connaissons à partir du XVIIIe siècle, en effet, c’est à cette période que les premières compositions sont écrites spécialement pour le galoubet et tambourin. Curieusement, les plus anciens morceaux connus pour cet instrument proviennent de la région parisienne : la “Suite Nouvelle pour deux flutets” de Marchand, “tambourinaire” (on nomme ainsi les joueurs de galoubet-tambourin) de l’Académie Royale de Musique, a été publiée à Paris en 1735 et se compose de quelques brefs duos écrits pour “flutets en dièses”. Ainsi, en plein XVIIIe siècle, les tambourinaires se produisent à Paris en duo, mais aussi dans des théâtres avec orchestre. Le règne de Louis XV qui vit la naissance d’un intérêt pour la musique champêtre à la mode d’Arcadie, donne un nouvel élan à cet instrument particulier, à la cour, comme dans les salons des palais des contes de province. On se dépêche d’ajouter des musiciens qui savent composer et jouer de la musique pour instruments “rustiques”. Galoubet-tambourin, vielle, musette et flûtes droites, sont largement utilisés à Paris par des musiciens virtuoses et des compositeurs de renom, influençant beaucoup le style et la pratique provençaux.

Vers la fin du XVIIIe siècle, c’est la Provence qui rassemble la plupart des Tambourinaires : à Marseille, un recueil de plus de 300 compositions de Jean-Raymond Cavailler, datée de 1771, témoigne de la richesse et l’évolution technique de ce répertoire musical insolite. La famille des “Arnaud, père et fils” est à l’origine d’une riche collection de morceaux dans lesquels de nombreux  menuets de  forme «savante». On raconte qu’ils eurent  l’honneur de diriger les trente-six tambourinaires qui accueillirent en musique la venue en Provence du frère du Roi, en 1777.

De la famille Arnaud, musiciens venant de la région de Marseille, on sait seulement que Pascal Arnaud (fin du XVIIIe siècle-1795) et son fils François (début XIXe siècle) étaient des  “Tambourinaires” appréciés. Afin de rendre hommage à ces musiciens presque inconnus, nous avons choisi quelques compositions typiques de la tradition provençale, réalisant l’accompagnement à l’orgue.

La suite pour orgue de Louis Archimbaud (1705-1789), organiste et compositeur surtout connu comme  chanoine honoraire et organiste de la cathédrale de Saint-Siffrein à Carpentras en 1727, est tirée de manuscrits du fonds musical de la “Bibliothèque Inguembertine” de Carpentras. Ce recueil se compose de sept fascicules contenant des préludes, des offertoires, des élévations et des compositions diverses pour un total d’environ quatre cents morceaux clairement destinés à la liturgie, témoignant de la pratique musicale et de la manière d’accompagner les célébrations liturgiques au XVIIIe siècle dans le Comté Venaissin.

Le recueil  “Noels pour les musettes et vielles, Premiere Suitte en trio que lon peu jouer en duo” attribué à Esprit Philippe Chedeville (1696-1762) montre une pratique très répandue à l’époque consistant à associer la  musette à d’autres instruments comme la vielle, la flûte, le violon dont certaines pièces écrites avec la basse continue, ce qui révèle une fois de plus l’importance de cet instrument particulier au XVIIIe siècle. De cet ouvrage, nous avons extrait quelques-uns des plus beaux Noëls et les avons adapté de façon insolite : la basse continue est confiée à l’orgue et le chant à la musette, au galoubet ou au fifre, selon le cas.

La Sonate n ° 3 op. II pour musette et basse continue de Charles Buterne (1700-1752) est tirée du recueil “Six Sonates pour la vielle, musette, violon, flutes, hautbois et pardessus de violles; quatre avec la basse continue et deux en duo” et publiée à Paris en tant qu’opus II. De Charles Buterne, nous savons qu’il a appartenu à une famille de musiciens originaires de Toulouse, son père Jean-Baptiste ayant rempli des fonctions aussi diverses que Capitoul de Toulouse (membre de l’assemblée municipale) et organiste de la Chapelle Royale de Versailles. Dans cette sonate, la musette est traitée comme un instrument soliste à part entière avec basse continue, comme d’autres instruments nobles tels que le violon, le hautbois et la flûte traversière.

En Provence, l’autre grande fête de la tradition de Noël est celle liée à l’Épiphanie, et en particulier à l’arrivée des Rois Mages qui rendent visite à l’enfant Jésus. Cette tradition est fortement présente à Aix-en-Provence où il est de coutume de célébrer l’événement avec faste. Ètienne-Paul Charbonnier (1793-1872), chanoine, organiste et maître de chapelle de la Cathédrale d’Aix-en-Provence a collecté et transcrit pour orgue soixante-quinze Noëls de Saboly , ainsi que la célèbre «Marche des Rois Mages» et des aubades composées spécifiquement pour galoubet-tambourin et orgue. Dans cet enregistrement, nous avons voulu recréer la cérémonie musicale qui se déroule à Aix traditionnellement chaque année lors de la fête de l’Épiphanie. L’arrivée des rois mages est une fête religieuse qui débute par un défilé de personnages vêtus en costumes traditionnels provençaux dans les rues d’Aix. Les tambourinaires, les bergers, et les autres personnages qui représentent les métiers de  la vie quotidienne défilent en cortège jusqu’à la cathédrale Saint-Sauveur, où commence la célèbre Marche des Rois Mages. Il semble que l’auteur du texte de la marche soit un certain Joseph Domergue, doyen d’Aramon de 1691 à 1728, mort à Avignon en 1729. Publié pour la première fois en 1763 dans un recueil de Noëls provençaux de Saboly, la musique est attribuée à Lully. À l’entrée de la foule dans la cathédrale remplie de fidèles, l’orgue, accompagné par un grand nombre de tambourinaires exécute l’air célèbre de la Marche des Rois Mages passant du pianissimo au fortissimo pour imiter l’effet de la procession, qui lentement se dirige vers l’église. À ce moment, sur l’autel principal, une grande étoile est allumée,  représentant l’arrivée des Rois Mages à l’étable de Bethléem, guidés par la lumière de la comète. C’est l’instant propice où l’organiste interprète la « divine Aubade » sur un air joyeux dans lequel les sonorités douces de l’orgue se mélangent avec le son brillant  du galoubet et naturellement, avec l’accompagnement du tambourin. Un chœur de voix masculines entonne ensuite le “Christus natus est” ; dans ce cas, nous avons choisi d’en exécuter la version de Charbonnier, pour chœur à trois voix, adaptée pour orgue et galoubet. Une deuxième aubade (Aubade royale) suit le chant du Christus natus est et termine le cortège des Rois Mages en reprenant  le chemin du retour au son puissant de la Marche qui est un long decrescendo décrivant symboliquement l’éloignement du cortège.

Pour conclure notre voyage musical dans les pays occitans, on ne pouvait manquer un hommage à la tradition du Noël occitan dans les vallées piémontaises. L’organiste Walter Gatti (1962) a voulu élaborer et adapter certains thèmes populaires occitans pour  musette, galoubet-tambourin et orgue. La Suite occitane débute avec une « salterello » sur le thème de « la Chanson des Vaudois»,  mélodie composée par G. Tourn, Valle Pellice, au caractère brillant et festif, confiée au galoubet avec un accompagnement rythmique à l’orgue, dont les harmonies raffinées sont très agréables à entendre. Le choral sur le thème  « Rossignolin du bois » (mélodie de Silvye Beux, Val Chisone) est une composition douce où, après avoir fait entendre le thème au galoubet seulement, il est repris en  forme de canon et de dialogue entre la musette et le galoubet sur un doux tissu harmonique à l’orgue.  “Se chanto”, hymne traditionnel de l’Occitanie, termine cet enregistrement, sur un arrangement de W. Gatti en forme de pastorale. Attribué traditionnellement à Gaston Phoebus, comte de Foix et vicomte de Béarn, il est considéré par les historiens et critiques musicaux comme une chanson d’amour. Très répandu dans le Languedoc, il fut transporté en terre lointaine par les marins toulousains et chaque pays et région d’Occitanie se le sont appropriés apportant au texte leurs variantes. Chanté depuis longtemps dans les vallées vaudoises, il s’est ensuite diffusé dans toutes les vallées occitanes du territoire italien devenant le véritable symbole d’un peuple qui veut retrouver ses racines.

Silvano Rodi

(trad. en français de Marie-Noëlle Turcat)

Sources et Bibliographie:

•Dictionnaire de la musique pour galoubet-tambourin et autres flûtes de tambourin, éd. 2005, doc. non édité de J-B Giai

•Extrait de «Miettes de l’histoire de Provence»de Stéphen d’Arve, 1902.

Documentation Philippe Ritter - Edition NEMAUSENSIS.COM - Décembre 2007

•Aix-en-Provence, Bibliothèque municipale Méjanes. Catalogue du fonds musical de l’ancienne Maîtrise Saint-Sauveur. Première partie: les manuscrits, Irma BOGHOSSIAN (éd.), Aix-en-Provence, ARCAM/Édisud, 1991, 167 p.

•Catalogue des fonds musicaux anciens conservés en Languedoc-Roussillon, t. 2, Marie CAËR, Pauline BIOULES, Laurent PIE (éd.), Montpellier, ARAM LR, 1999, 173 p.

•Fonds musicaux anciens conservés en Midi-Pyrénées – Toulouse, Jean-Christophe MAILLARD et al. (éd.), Toulouse, Éditions Addocc Midi-Pyrénées, 2000, 2 t., 245 p. + 231 p.

•Catalogue des fonds musicaux conservés en Région Rhône-Alpes : les manuscrits (1600-1870), t.1, Jérôme Dorival et al. (éd.), Lyon, ARDIM/Mémoire active, 1998, 302p.

•Avignon. Bibliothèque municipale Livrée Ceccano. Fonds musicaux anciens. Deuxième partie : les livrets, Marie-Paule PIROUD, Sylvie PUJOL (éd.), Aix-en-Provence, ARCAM, 1996, 160 p.

Remerciements :

Darius Kaczor, curé de Fenestrelle;

Roberto Curletto, assistance et accord de l’orgue;

Eric Dalest;

Michelle Bernard;

Remi Venture;

André Gabriel;

Marie-Noëlle Turcat pour la traduction en français;

Marie-Hélène Geispieler;

Remi Venture;

André Gabriel;

Edgardo Pocorobba, pour avoir offert l’opportunité de réaliser ce projet;

Comunità di minoranze linguistiche;

Administration communale de Fenestrelle




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